Anecdote
Le Trio de l’improbable a le plaisir de vous présenter « Acteur de sa machine » ou une transformation ingénieuse autant qu’un beau projet à conduire, en attendant de le piloter.
Bonne lecture
Acteur de sa machine
Quand j’ai acheté le R22, l’idée était déjà très claire : je ne l’achetais pas pour le garder certifié ou voler sur une machine standard. Mon projet, dès le départ, c’était de le transformer en CL-02 et de lui donner une nouvelle vie en ULM classe 6.
Ce qui est assez amusant avec le recul, c’est qu’au moment où j’ai pris cette décision, je n’étais pas pilote hélicoptère. Je n’avais eu que deux ou trois expériences en hélicoptère comme simple passager et je n’étais ni breveté PPL(H), ni classe 6 ULM. Comme quoi, parfois un projet commence bien avant les qualifications… il commence surtout avec une idée et une envie.
Pour autant, je n’arrivais pas novice dans le monde aéronautique. J’ai mon PPL avion depuis une vingtaine d’années ainsi que mon brevet ULM classe 3 depuis aussi longtemps. Le vol fait partie de ma vie depuis longtemps, avec toujours cette passion pour la technique, la mécanique et le plaisir de piloter.
Je suis aussi propriétaire de deux ULM assez différents, justement pour varier les plaisirs : un Sting Carbon, plutôt rapide et orienté voyage, et un G1 au caractère plus STOL, capable d’aller jouer sur des terrains plus courts et dans un esprit plus nature. Deux philosophies différentes mais complémentaires… et finalement le même état d’esprit qui m’a amené vers le projet hélico.
Je suis parti d’une base R22 parce que c’est une machine saine, éprouvée et avec une mécanique rotor bien connue. Mais l’objectif n’était pas de faire un simple R22 modifié. Je voulais construire quelque chose de différent, avec une autre philosophie et une machine qui me ressemble davantage.
Pour réaliser ce projet, j’ai eu la chance d’être accompagné par le concepteur du CL-02, Claude Lescure. Son expérience et sa vision du concept ont été précieuses pour faire évoluer le projet dans la bonne direction et transformer l’idée de départ en une machine cohérente.
La transformation la plus importante a évidemment été la motorisation, avec l’installation d’une turbine issue d’APU de Tornado à cœur Rolls-Royce. Derrière ça, il y a eu beaucoup de travail et de mise au point : adaptation mécanique, alimentation carburant, échappement, commandes moteur et toute la réflexion nécessaire pour obtenir une machine fiable et préserver la turbine.
Petit à petit, le R22 d’origine s’est effacé pour laisser place au CL-02. Ce n’était plus seulement un hélicoptère certifié transformé, mais un véritable projet de reconstruction avec sa propre identité.
Mais il est important de préciser qu’un projet comme celui-là ne se fait pas seul dans son coin. Même en construction amateur ULM classe 6, il y a tout un travail administratif et technique à mener, avec des échanges et une relation suivie avec la DGAC pour la partie déclarative et la création de cette nouvelle machine. Il faut constituer un dossier, documenter les évolutions, justifier les choix techniques et avancer dans un cadre sérieux. La liberté du monde ULM existe, mais elle s’accompagne aussi de responsabilités.
C’est aussi ce qui me plaît dans cette aventure : on sort du cadre du certifié où tout est figé à l’avance pour entrer dans une démarche beaucoup plus personnelle. On devient acteur de sa machine, responsable de ses choix techniques et de son évolution. Ça demande du temps, de l’apprentissage et parfois quelques défis, mais c’est aussi ce qui rend le projet passionnant.
Aujourd’hui, quand je regarde l’hélico, je ne vois plus vraiment un Robinson R22. Je vois surtout un projet que j’avais imaginé dès l’achat et que j’ai eu la chance de concrétiser avec l’aide de Claude Lescure : un CL-02 unique, construit avec passion, beaucoup de travail et un vrai investissement personnel.
PS : Pour ceux que ça intéresse et qui veulent mieux comprendre l’esprit du projet CL-02, je vous conseille d’aller consulter les publications et le post de Claude Lescure sur le CL-02 sur internet. On y retrouve l’histoire du concept, la philosophie de la machine et beaucoup d’informations passionnantes sur son développement.
Bon à savoir : STOL signifie « Short Take Off and Landing « autrement dit, décollage et atterrissage courts. Ce type d’ULM (pour Ultra Léger Motorisé) est conçu pour évoluer sur des terrains plus courts ou plus rustiques et privilégie la maniabilité et les capacités d’accès plutôt que la vitesse pure.
On nomme souvent ULM les Deltaplane mais il y a 6 types d’ULM avec un brevet de pilotage commun et une qualification spécifique à chaque type.

